La norme NIHS 70-10 de la FH sur l'ACV des montres, ce qu'elle change

La Fédération de l'industrie horlogère suisse a publié une méthodologie d'analyse du cycle de vie pour les montres. Ce qu'elle apporte, et ce qui reste à faire.

Publié le 07.09.2026

À retenir

  • La norme NIHS 70-10 donne à l'horlogerie une méthodologie commune d'analyse du cycle de vie, ce qui manquait pour comparer deux résultats.
  • Elle est volontaire : personne ne vous l'impose, et son intérêt est ailleurs, dans la comparabilité qu'elle rend possible.
  • Elle porte sur la montre finie. Pour un fournisseur de composants, l'effet est indirect mais réel : votre client vous demandera des données cohérentes avec elle.

Ce qu'est cette norme, et pourquoi elle manquait

La Fédération de l'industrie horlogère suisse, qui assure le secrétariat du comité technique ISO consacré à l'horlogerie, publie les normes NIHS de la branche. Elle a ajouté à ce corpus une méthodologie d'analyse du cycle de vie des montres, référencée NIHS 70-10.

Le problème qu'elle traite est réel et connu de quiconque a comparé deux empreintes. Deux analyses de deux montres voisines peuvent afficher des résultats très différents sans qu'aucune soit fausse : il suffit que l'une inclue l'écrin et pas l'autre, que l'une suppose dix ans de service et l'autre vingt, ou que les deux traitent la fin de vie différemment.

Tant que ces choix restent libres, un chiffre d'empreinte ne se compare à rien. C'est exactement le vide qu'une méthodologie de branche vient combler.

Ce qu'elle fixe, d'après ce qui en est public

Trois éléments ressortent des présentations publiques de la norme.

Le périmètre porte principalement sur la montre elle-même, ce qui écarte une grande part de l'arbitraire sur les accessoires et l'emballage.

La durée de vie, sujet notoirement difficile, est abordée en cherchant à exprimer le comportement général du consommateur selon sa typologie, plutôt qu'en imposant une valeur unique qui serait fausse pour tout le monde.

Le recyclage fait l'objet d'un taux fixé matériau par matériau, en cohérence avec les recommandations européennes, avec une perte de l'ordre de dix à vingt pour cent.

Une précision d'honnêteté s'impose ici : le texte de la norme se commande auprès du service de normalisation de la FH, et cet article n'en restitue que ce qui en est publiquement décrit. Il ne remplace pas sa lecture, et n'entre pas dans le détail de ses règles de calcul.

Ce qu'elle laisse ouvert

Les présentations publiques ne détaillent ni l'unité fonctionnelle retenue, ni le découpage précis des étapes, ni la liste des indicateurs d'impact couverts. Ce sont pourtant les points qui déterminent si deux analyses conduites sous la même méthodologie donnent réellement des résultats comparables.

Il faut également garder à l'esprit qu'une méthodologie de branche ne dispense pas des normes générales : une analyse de cycle de vie reste encadrée par ISO 14040 et ISO 14044, et une empreinte carbone de produit par ISO 14067.

Ce que cela change pour un fournisseur de composants

Rien directement, et beaucoup indirectement.

Rien directement, parce que la norme vise la montre finie et qu'elle est volontaire. Aucun fournisseur n'a d'obligation nouvelle du fait de sa publication.

Beaucoup indirectement, parce qu'une maison qui adopte une méthodologie commune a besoin que les données de ses composants s'y insèrent. Concrètement, elle vous demandera des empreintes dont elle connaît le périmètre, la découpe par étape et l'origine des facteurs. Une donnée livrée sans ces éléments ne s'agrège pas : elle est inutilisable, quelle que soit sa qualité intrinsèque.

Ce qu'il est utile de faire dès maintenant

Trois habitudes suffisent, et elles sont indépendantes de la norme elle-même.

Déclarer l'étape du cycle de vie de chaque ligne. Matières, fabrication, transport amont, distribution, utilisation, fin de vie. C'est le découpage commun à toutes les méthodologies sérieuses, et celui qui permet à votre client de recomposer son total.

Citer le facteur d'émission, sa base et son lieu. C'est ce qui rend un chiffre défendable, et ce qu'un auditeur demandera à votre client, qui vous le redemandera.

Dire ce que votre périmètre inclut et exclut. Une empreinte sans frontières déclarées ne se compare à rien, et cette phrase reste vraie avec ou sans norme de branche.

Une lecture d'ensemble

L'arrivée d'une méthodologie commune est une bonne nouvelle pour un fournisseur, même si elle ressemble d'abord à une contrainte de plus. Elle réduit la part d'arbitraire dans la comparaison, donc la possibilité qu'un concurrent affiche un meilleur chiffre par un choix de périmètre plus favorable plutôt que par un meilleur procédé.

Autrement dit, elle rend enfin rentable le fait de bien faire.

Pour aller plus loin : ce qu'est une ACV, partager une ACV sans livrer ses secrets et le glossaire.

Sources

  1. Fédération de l'industrie horlogère suisse, service de normalisation NIHS, norme NIHS 70-10 sur la méthodologie d'analyse du cycle de vie des montres. Le texte se commande auprès du service de normalisation de la FH.
  2. Europa Star, Analyse du cycle de vie : la FH définit une norme pour les montres.
  3. ISO 14040 et ISO 14044, cadre méthodologique des analyses de cycle de vie.
  4. ISO 14067, empreinte carbone des produits.

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